Dépister plus tôt, soigner mieux
One Health
Soixante pour cent des maladies infectieuses humaines viennent de l'animal. La détection olfactive canine ne s'ajoute pas à l'approche One Health : elle en est une application directe, parce que le même protocole vaut pour une maladie humaine, une infection bovine et un vecteur.
Illustration — un même territoire. Pâture, habitat, cultures, forêt et zone humide, sans frontière nette entre eux. C'est à ces lisières que se multiplient les contacts entre espèces réservoirs et populations humaines, et que les agents pathogènes franchissent la barrière d'espèce.
One Health n'est pas une posture. C'est ce qui reste quand le modèle cloisonné a échoué.
Médecine humaine, médecine vétérinaire et écologie ont longtemps évolué en silos étanches : trois corps de métier, trois littératures, trois administrations. Ce partage a tenu tant que les problèmes restaient dans leur case.
Trois séries de faits l'ont rendu intenable : l'émergence répétée de zoonoses majeures, la diffusion de l'antibiorésistance depuis l'élevage jusqu'à la médecine humaine, et l'érosion de la biodiversité, qui supprime les barrières écologiques régulant la circulation des agents pathogènes.
Le basculement est acquis : One Health n'est plus un concept théorique, c'est un cadre opérationnel de gestion du risque sanitaire.
Non pas trois domaines juxtaposés, mais un seul système.
Point focal traditionnel des politiques publiques. 60 % de toutes les maladies infectieuses humaines et 75 % des maladies infectieuses émergentes sont d'origine animale — l'essentiel de ce que la santé publique traite vient donc d'ailleurs que d'elle.
Animaux d'élevage soumis à l'intensification, faune sauvage exposée à la réduction de ses habitats. La santé animale fonctionne à la fois comme baromètre — elle signale avant l'homme — et comme réservoir.
Déforestation, urbanisation et pollution chimique détruisent les barrières écologiques qui régulaient la circulation des agents pathogènes. Ce pilier n'est pas un décor : c'est lui qui détermine la fréquence des contacts.
Le coût d'une pandémie est estimé à cent fois celui de sa prévention.
Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES). Les valeurs de 60 % et 75 % : Programme des Nations unies pour l'environnement, rapport Frontières 2016 ; l'Organisation mondiale de la santé animale retient également 60 %.
Chaque front pour lui-même, puis le travail qui s'y rattache.
L'intrusion humaine dans les écosystèmes multiplie les contacts entre espèces réservoirs et populations. L'effet de dilution — par lequel une biodiversité riche freine la transmission en dispersant les hôtes — disparaît lorsque les milieux se simplifient.
La surveillance aux interfaces faune sauvage, élevage et populations humaines vise à détecter les signaux faibles avant le franchissement de la barrière d'espèce.
L'usage massif d'antibiotiques en élevage a favorisé la sélection de souches multirésistantes. Elles se diffusent ensuite par les sols, les cours d'eau et la chaîne alimentaire, jusqu'à compromettre des traitements de dernier recours en médecine humaine.
Le réchauffement modifie l'aire de répartition des vecteurs biologiques. Dengue, chikungunya et maladie de Lyme s'implantent durablement en zone tempérée, ce qui impose une réorganisation de la veille sanitaire territoriale.
La thèse de cette page, en une phrase : ce n'est pas une transposition, c'est le même geste.
Le même créancement, la même chaîne de prélèvement, le même binôme s'appliquent à une maladie humaine, à une infection bovine et à un vecteur. Rien n'est adapté d'un domaine à l'autre : le protocole est identique, seule la cible change.
La compétence mobilisée est vétérinaire, l'objet est de santé publique, le terrain est environnemental. Le dispositif traverse les trois piliers sans avoir à les articuler artificiellement — ce que peu d'outils sanitaires peuvent revendiquer.
La détection olfactive canine ne s'ajoute pas à One Health. Elle en est une application directe.
Le cloisonnement n'est pas une difficulté propre à l'Institut. Il est décrit dans la littérature.
L'alliance quadripartite réunissant l'Organisation mondiale de la santé, l'Organisation mondiale de la santé animale, l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture et le Programme des Nations unies pour l'environnement a formalisé un plan d'action mondial. Sa traduction locale passe par des réseaux de surveillance partagés et la formation croisée des professionnels.
Un article publié au Bulletin de l'Académie vétérinaire de France en 2024, consacré à la crise sanitaire et à la communauté vétérinaire française, porte précisément sur les progrès restant à accomplir pour traduire One Health en pratique en France.
C'est le même cloisonnement qui explique qu'un procédé validé à l'international n'ait toujours pas de qualification en droit français. Voir la page Cadre réglementaire.
Les programmes mobilisés dans cette page ont chacun leur fiche : CoViD-19, affections zoonotiques, mammites subcliniques. Les publications de l'Institut relevant de cette approche sont rassemblées dans la page Recherches.